Au tribunal, et dans les médias français, un cas de « négationnisme en train de se faire »

Nous vous parlions fin septembre de ce procès qui opposait Karoline Postel-Vinay, chercheuse au CERI de Sciences Po spécialiste du Japon, à la Fondation franco-japonaise, dite Sasakawa. Bref rappel des faits : la Fondation, qui porte le nom de Sasakawa, un criminel de guerre de classe A japonais converti sur le tard à la philanthropie, avait été pointée du doigt par Mme Postel-Vinay au motif que le Ministère des Affaires Etrangères l’avait choisie pour célbrer l’amitié franco-japonaise. Or, pour le pays des Droits de l’Homme, s’allier avec la Fondation Sasakawa a quelque chose de dérangeant, au mieux. D’où une mobilisation d’universitaires spécialisés sur ce pays, menés par Mme Postel-Vinay, et la plainte déposée pour diffamation par la Fondation. Le 22 septembre, le verdict de la 17e chambre du TGI de Paris déboute la Fondation et la condamne, ne voyant aucune diffamation dans l’action de Mme Postel-Vinay.

Fin de l’histoire ? C’était sans compter l’activisme, pour ne pas dire harcèlement, de la Fondation. Mediapart, le journal en ligne fondé par l’ancien directeur de la publication du Monde Edwy Plenel, a publié sur cette affaire un article détaillé, au sujet des « sulfureuses méthodes de communication de la fondation Sasakawa ». Morceaux choisis.

Pour la Fondation, décidément habituée à la réécriture de l’histoire (je vous renvoie au corps de l’article qui évoque la négation du Massacre de Nankin dans les livres sponsorisés par la Fondation et ses nombreux satellites), le verdict est une victoire. Une victoire ? Lisons plutôt le communiqué de la Fondation, se « réjouissant » que la justice « ait reconnu le caractère diffamatoire des allégations de Mme Postel-Vinay ». Vous avez bien lu. Alors que le jugement déboute et condamne la Fondation. Mais ce « négationnisme en train de se faire » ne s’arrête pas là, puisque la Fondation parvient par la suite à faire modifier la dépêche AFP sur le verdict.

Pour compléter le tableau, ce sont les organismes financés directement ou indirectement par la Fondation franco-japonaise qui ont exprimé leur soutien public à la Fondation, dont l’Institut Pasteur, le théâtre du Chatelet, ou encore le directeur de l’Institut français des relations internationales. Grande classe.

Nous sommes bien en France, en 2010.

Negationism History X

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Procès Sasakawa : quand l’Histoire s’écrit au tribunal

Voilà un jugement qui aura remué les milieux universitaires et politiques, mais qui n’aura, bizarrement, fait que peu de vagues sur Internet et dans la « grande presse ». La semaine dernière, une chercheuse du CERI, le prestigieux Centre d’Etudes des Relations Internationales de Sciences Po, Karoline Postel-Vinay, a fait valoir son droit à la liberté d’expression (excusez du peu !) lors du procès qui l’opposait au plaignant, la Fondation Franco-Japonaise, dite Sasakawa (FFJDS).

Un rapide éclairage historique est nécessaire pour rappeler l’enjeu de ce procès, qui dépasse de beaucoup le cadre d’une plainte pour diffamation, puisqu’elle touche l’histoire même, sa rédaction, et les tentatives négationnistes de réécriture qui existent ici et là. La Fondation Franco-Japonaise, dite Sasakawa (son nom officiel) est la branche française de la Fondation Nippon, qui s’attache à développer les liens culturels entre les deux pays. Jusqu’ici tout va bien. Là où le bât blesse, c’est que le nom de la dite-fondation, Sasakawa, est celui d’un criminel de guerre de classe A, Ryôichi Sasakawa, décédé en 1995. L’un des objectifs de la fondation est bien de blanchir le nom de son fondateur, d’où le procès en diffamation intenté par la fondation contre Karoline Postel-Vinay. Son crime ? Avoir initié une pétition d’universitaires pour s’opposer au Ministère des Affaires Etrangères qui avait choisi la fondation Sasakawa pour célébrer les 150 ans de l’amitié franco-japonaise. Un haut patronage criminel pour la patrie des Droits de l’Homme, c’est tout de même très moyen.

L’Express rappelait justement, peu avant le verdict du procès, rendu public le 22 septembre, le « fantôme » que représente Sasakawa, « faciste le plus riche du monde » auto-proclamé, dont le tableau est ainsi dressé : « Leader d’extrême droite dès les années 1930 et acteur du pillage de la Chine, proche de la pègre, Sasakawa est emprisonné après la Seconde Guerre mondiale sous l’accusation de crimes de guerre de classe A, les plus graves, puis libéré sans jugement en 1948 par les Américains. Ceux-ci occupent alors l’archipel et cherchent à lutter contre l’influence des communistes. »

Gageons qu’il ne s’agit là que d’un premier tour, puisque la Fondation Sasakawa a d’ores et déjà contre-attaqué en faisant modifier la dépêche AFP relative au verdict. La première version de l’AFP, perçue comme trop brute par la Fondation, a pu être amendée pour y rajouter son communiqué, qui maintient que les propos de Karoline Postel-Vinay « étaient diffamatoires » alors que le tribunal a débouté et même condamné  la Fondation catégoriquement. Quel but la Fondation poursuit-elle donc ?
Pour en savoir plus : Interview de Karoline Postel-Vinay sur France Culture

Negaxx18

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Ouvrage de recherche : L’Aveu. Entre histoire et mémoire

Voici un ouvrage intéressant sur la question du négationnisme puisqu’il se propose d’étudier le cas de l’aveu.

Au cours de l’Histoire, l’aveu s’est déplacé de la sphère judiciaire (et/ou du christianisme) vers d’autres composantes sociales. Si bien qu’aujourd’hui, il se manifeste ou s’exprime en nombre d’occasions, ce dont attestent les contributeurs à ce dossier qui envisagent l’aveu dans ce qu’il a de structurant. En effet, qu’ils soient linguistes, spécialistes en études littéraires, historiens, chercheurs en sciences de l’information et de la communication, ces derniers montrent, à partir de l’analyse de textes – littéraires ou non –, de films – de fiction ou pas –, et/ou d’événements particuliers, que l’aveu témoigne du rapport qu’un groupe ou une personnalité entretient à son passé et à son avenir, en même temps qu’aux autres, c’est-à-dire à ceux qui en sont les destinataires. Mais si plusieurs auteurs montrent comment l’aveu dit le vrai, d’autres montrent aussi qu’il peut s’en éloigner, ou faire accéder à une vérité autre que celle que son audience pourrait en attendre.
Béatrice Fleury : Questionner l’aveu

I.              Aux origines et fondements d’une notion
Emmanuelle danblon : Une rhétorique de l’aveu. Effets d’évidence et effets de sens
Christian Blet : Droit et littérature sous l’ancien régime. Le cas de l’aveu, preuve notoire
II.            De l’aveu à sa mise en scène
Ophir Levy : La forteresse de l’aveu. À propos d’Un vivant qui passe de Claude Lanzmann
Delphine Robic Diaz : Quand le cinéma français passe aux aveux. Les guerres de décolonisation entre indicible et inmontrable
Alpha Ousmane Barry : Les aveux des comploteurs de Guinée : mise en scène et mensonge historique

III.          Aveu et tensions mémorielles
Béatrice Fleury : Quand la presse française s’empare du passé de Günter Grass (2006-2007). Des dits de l’autre aux dits de soi
Joanna Teklik : L’affaire Popieluszko ou l’histoire d’un aveu politique singulier

VARIA
Sonia Frontera : « Un espace de liberté ». Les internés militaires italiens à Wietzendorf
Izabela Kazejak : Between Assimilation and Emigration : Jews in Wroclaw from the Second World War to 1968

Témoigner. Entre Histoire et Mémoire
Revue pluridisciplinaire de la Fondation Auschwitz

Getuigen. Tussen Geschiedenis en Gedachtenis

Multidisciplinair Tijdschrift van de Auschwitz Stichting

N° 107 AVRIL-JUIN 2010
NR 107 APRIL-JUNI 2010

Éditions Kimé/Fondation Auschwitz, Paris/Bruxelles, 15 euros

DOSSIER : L’AVEU
coordonné par Béatrice Fleury

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Book : the Confession in History. Between testimony and memory

Here is an interesting book on the issue of Holocaust denial since it intends to consider the case of the confession. Written in French and German.

In history, the confession was moved from the legal sphere (and / or Christianity) to other social components. So today it is manifested or expressed in number of occasions. The contributors to this issue are considering how the confession may be structuring history. Indeed, they are linguists, literary studies specialists, historians, researchers in information sciences and communication, the latter show, based on the analysis of texts – literary or not – and films – of fiction or not – and / or special events, how the admission of the report or confession is the way a group or personality maintains its past and its future, along with the relationship to the  other, that is, say to those who are the recipients. But while many authors show how the confession told the truth, others also show that it can move away, or have access to a truth other than what his audience would expect.

See our blog post in French for the content of the book

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A definition of negationism (Wikipedia)

Let’s start our duty with a « common sense » definition of negationism found on Wikipedia. There can be a debate about it !

For the legitimate re-examination of history, see historical revisionism

Negationism, as it applies to Historical revisionism, is the denial of historic crimes. The word is derived from the French term négationnisme, which means denial, which is illegal in France and several other countries.[1][2][3]

In attempting to revise the past, negationism appeals to the intellect—via techniques illegitimate to historical discourse—to advance a given interpretive historical view, typically involving war crimes or crimes against humanity. The techniques include presenting known forged documents as genuine; inventing ingenious, but implausible, reasons for distrusting genuine documents; attributing his or her own conclusions to books and sources reporting the opposite; manipulating statistical series to support the given point of view; and deliberately mis-translating texts (in languages other than the revisionist’s).[4] Practical examples of negationism (illegitimate historical revisionism) include Holocaust denial and some Soviet historiography.[5][6]

Contemporarily, hate groups practice negationism on the Internet. In literature, the effects of historical revisionism are usually described in science fiction novels such as Nineteen Eighty-Four (1949), by George Orwell. Moreover, some countries have criminalised the negationist revision of certain historical events.

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Une définition du négationnisme (Wikipédia)

Pour introduire mes publications, voici une première définition du négationnisme donnée par Wikipédia… un sens commun qui est discutable et sur lequel nous reviendrons !

Le terme négationnisme désigne, dans sa signification première, la négation de la réalité du génocide pratiqué par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale contre les Juifs, c’est-à-dire la négation de la Shoah. Le négationnisme consiste ainsi à prétendre, notamment par la négation de l’existence des chambres à gaz d’extermination ou de la volonté d’extermination des Juifs d’Europe par les nazis, que la réalité de ces crimes relèverait de mythes. L’expression publique de ces propos est sanctionnée comme délit dans de nombreux pays (le 26 janvier 2007, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté par consensus une résolution condamnant la négation du génocide des Juifs par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale[1]).

Par extension, le terme est régulièrement employé pour désigner la négation, la contestation ou la minimisation d’autres faits historiques, en particulier ceux qu’on pourrait qualifier de crimes contre l’humanité. C’est le cas pour le refus de reconnaître le génocide arménien perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs de l’Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, le massacre de Nankin par l’armée impériale japonaise, le génocide au Rwanda, les massacres pratiqués par les Khmers rouges au Cambodge ou l’Holodomor ukrainien. Bien que ces épisodes se soient déroulés dans des circonstances historiques variées et qu’ils aient été commis avec des moyens divers, on retrouve de nombreux traits communs dans leurs négations respectives[2].

La question se pose pourtant de définir une limite claire entre la notion de « contestation de crimes historiques » et celle de « négationnisme »[3]. La démarche négationniste a ceci de particulier qu’elle use d’une méthodologie partiale et malhonnête, opérant la sélection, la dissimulation, le détournement ou la destruction d’informations corroborant l’existence du crime (voire la création de fausses preuves « impliquant » l’inexistence des évènements passés). On peut légitimement parler de négationnisme lorsque de telles méthodes sont employées, lorsque les motivations ne sont pas exclusivement la recherche de la factualité historique (motivation antisémite, partisane ; voir la partie motivations des négationnistes) et lorsque les faits contestés ont été indubitablement établis.

Une utilisation plus large du terme « négationnisme » se définit par la négation d’une réalité historique quelconque (économique, sociale, politique, etc.), malgré la présence de faits flagrants. Cet usage est aussi influencé par l’anglicisme « negationism » étant interprété comme étant la révision illégitime de faits historiques.

Negationism History X

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